Sylvaine Vaucher

POEMES





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Sans Titre © poème by Sylvaine Vaucher
Un petit buisson timide, un buisson bistre et humide
Un buisson seul planté dans le vide, un buisson soupçon insipide
Un cimetière triste sans pierre
Un cimetière de fleurs sans saveur dénuées de couleurs...
De fleurs qu'arrose un gnome gris de fer...sans arrêt.
Un quadrille de femmes en flammes sur des chevaux mâles muselés
D'une muselière pleine d'ornières.
Un mur blanc neige, blanc transparent
Devant ce mur des pas sombres, saurs, brunâtres
Des pas impuissants arrêtés par ce mur transparent.


La Rose du Musicien © poème by Sylvaine Vaucher
Petite fleur en larmes d'être née sous la rosée, j'ai baisé ta joue mantelée.
A genoux sur la fade terre devant toi silencieuse, j'ai prié pour te ressembler
Frêle vie au soleil à la merci de mes mains, j'ai aimé ton éveil.
Tendre amour solitaire auprès de ta chair nue, j'ai découvert des caresses imaginées.
Lumineuse beauté sans fard à faire pâlir toutes les femmes, j'ai rougi de te désirer.
Délicat parfum voilé qu'un souffle d'air a effleuré, j'ai senti toutes les tonalités.
Petite rose teintée de rêves, de t'avoir trop enlacée
J'ai pleuré une chanson, j'ai dormi à ta naissance
Pour ne plus me réveiller.







Le Bal © poème by Sylvaine Vaucher
Il n'y avait ni marins, ni ivresse, ni violons, ni virtuoses.
Il y avait sous la plus pâle lune de la grande salle démente
Où naufragent des milliers d'amants...
Nous deux, rescapés de l'indifférence et des longs silences.
Nous dansions célestes, avec des ailes et des étoiles plein les yeux
Nos coeurs se prenaient pour des tambours, l'orchestre était découronné.
Il n'y avait ni morts bavards, ni chagrin tapissé de puantes mandragores...
Il y avait nos sourires, des pavots et nos têtes pleines de rêves.
Nous étions si beaux, si fragiles, si légers, si éthérés...
Qu'un ange, les pieds nus, se déplaça pour nous regarder.



Te souviens-tu ? © poème by Sylvaine Vaucher
Nous marchions enlacées et la clarté secrète des pierres
Brûlait nos pieds courroucés
Les lèvres troubles du matin chantaient le credo des roses
Et le jour surpris, rougissait de l'essaim désordonné de nos cheveux
Le ciel était comme artificiel et un courant d'innocence maligne dansait devant nos yeux amusés
Ce jour-là, au seuil de l'ivresse, le triomphe du dernier sommeil nous enlaça d'une auréole brumeuse
Et nos pleurs se confondirent avec le chant d'un rêve sonore.
L'ironie de nos soupirs s'éteignit avec nous
Et la nuit multiplia ses heures à l'infini.







Le Saule © poème by Sylvaine Vaucher
Une branche du saule céda et tout l'arbre se mit à pleurer la branche mourante.
J'ai pleuré car je ne m'appartenais pas.
J'ai pleuré de n'appartenir à personne.
J'ai pleuré des larmes qu'un chat buvait.
J'ai pleuré des larmes qui brillaient dans les yeux d'un chat qui n'était pas à moi.
J'ai pleuré des larmes qui ne m'appartenaient pas.
J'ai pleuré des larmes qui mouraient sans moi.
J'ai pleuré des mots qui m'échappaient.
J'ai pleuré toutes les larmes d'un corps que je ne voulais pas.
J'ai pleuré toutes les larmes d'un coeur qui ne pouvait que pleurer.
J'ai même rêvé que je pleurais.





Le Dormeur © poème by Sylvaine Vaucher
Une prison béate où tu trompes la porte
Et des taches de sueur tachetées de pleurs.
Tes yeux s'ouvrent aux sphères de couleurs décharnées
Où se tisse ton regard sans toile pour s'abriter.
Une prison trop longue de bêtes et d'hommes
Qui flambent de malheur la tête nue et transparente.
Un défilé d'inconnus faibles de se tenir
Sans mains et sans rancune.
Une prison biaise où s'effondrent des rires
Où s'alignent des bouches sans feuillage, sans vérité.
Et tu fuis les fusils de plaintes et de moues
Ta fatigue se refuse à lier les carreaux aux fenêtres.
Une prison ombragée où tu dors consolé, des batailles fatigué
Tu joins les rêves absents, une mèche brûle ta main
Comme un cheveu incertain...Les fleurs et la nuit reposent avec toi.
Ton départ est si insensé que les murs s'éclaircissent
Comme un conte de fée...Ici un chat pourrait mourir.





"Evasion" © poème by Sylvaine Vaucher
Plus j'avance dans ce rêve déraciné hier pour te suivre demain
Plus me poursuit fantaisiste et mutin ton visage au sourire échoué sur ma grève.
Ton ombre me suit, multipliée, aulnaie ambulante aérant mon sillon
Où gisent malemort de stricts baisers tout pétrifiés, où se faufilent de verts soupirs tout cuirassés.
Un oiseau ridé de tristesse se pose sur ta main perméable et recueille le pollen laissé par mes lèvres...
Crucifiées clandestinement une veille d'espérance.
Mon sentier s'étire artificiel, je le longe, une ritournelle au bout des doigts;
Parallallèment tu chemines mécaniquement insultant la lumière entre deux cillements.
Le paysage fatigué transpire. Infiniment tendre un front se penche sur le mien sidéré, puis regagne oscillant
Les vertiges incarnats de ton âme délivrée.
L'air un instant fait escale dans mon coeur balbutiant d'étonnement
Deux seins déchirés de volupté glissent vers les rives posthumes du souvenir léger comme une plume.
Et, surgissant d'un abîme fécond, s'empare de ton corps une force aérienne
Et sort de ton ventre secrètement esquissé. Ton rêve est nubile, poudreux, cerclé de vermeil.
L'horizon de mon évasion aussitôt se limite, lacéré d'émotion.
Et je me heurte stellaire aux aspérités fertiles de ton réveil écumant de bonheur.



La Mort du Baiser © poème by Sylvaine Vaucher
Je n'avais plus de lèvres, plus de salive, plus de goût, j'étais ivre Seulement.
Je n'avais plus de coeur, plus de tête, plus de mains, j'avais une âme Seulement.
Je n'avais plus de lit, plus de lampe, plus de glace, je voulais mourir Seulement.
La nuit m'assassina à coups d'étoiles noires et je crus entrevoir...le ciel bleu Seulement.
Une barque m'emmena laissant des traces d'ailes où j'avais vite posé...mes jambes Seulement...
A ma mort on ne vit que mes yeux....Seulement.




Rien dans l'horizon et juste un peu plus loin
Ou alors un geste d'ombres bâclées dessiné par un soleil en allé,
Rien sur les trottoirs, dans la rue et ce boulevard si raide
Sinon une solitude en compagnie d'un piéton incertain,
Un vélo cadenassé avec sa roue arrière volée,
Une grosse moto endormie sur sa béquille,
Quelques voitures éparses figées sur place par une soudaine pauvreté.
Rien que des feux verts, puis rouges pour se faire remarquer.
Rien que des arbres qui telles des strip-teaseuses perdent toutes leurs feuilles
Leurs atours étendus pêle-mêle à leur pied,
Pas même juste un oiseau pour se poser, pour chanter, pour me laisser le regarder.
Rien au-dessous dans la cour d'école désertée, sinon une ligne jaune
Qui confine les filles et les garçons, qui rehausse le sombre du bitume.
Rien que des fenêtres qui se sont renfermées sur elles-mêmes ou honteuses,
Cachées derrière des persiennes perplexes ou plaintives.
Rien que des façades lisses, pâles, fades, sans même juste quelques trous
D'obus pour leur donner du relief ou tout au moins de la profondeur.
Rien qui ne puisse me distraire, m'inquiéter, m'effrayer
Pas même une larme que j'efface, un pouls contrarié, un coeur à égrener,
Des mains dont la paume se remémore la quiétude d'un corps réchauffé.
Rien ou sinon cette impression persistante de ne pas être bien, d'être nulle part ailleurs,
De ne pas être ici et là, de n'être rien.
Rien c'est un dimanche. © poème by Sylvaine Vaucher





"Narcisse 1" © poème by Sylvaine Vaucher
Ton corps disperse mon sang fatigué. Perdue de stupeur, je heurte ton gluau et me noie dans ton regard glauque.
Dévorée de voix, la tienne embrumée me lèche comme un soleil. Au hasard d'une perte, j'éteins mon gosier.
Tes cordes m'étranglent encore, je succombe muette.
Tes yeux incessants de poussières effrontées, de larmes fondues, un ciseau pour mes cils sur mon front de paresse ne peut me suffire.
Ton rayon diaphane aveugle mes plis et ma consolation rougie ne parle plus.
Défigurée par tes mains, j'enfouis ma fureur de honte accrue.
En forme d'angélus, tes doigts bercent ta paume où brille le baiser de ton coeur et où se meurt le baiser de ta bouche.
Pour tarir ma douleur, j'appelle en écho ton nom plus doux que l'eau, ton nom noyé dans l'eau.
Tu restes invariable et me voles l'expérience.






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